Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez et son épouse Begoña Gómez à Pékin, le 13 avril 2026 en Chine ( POOL / ANDRES MARTINEZ CASARES )
Un tribunal espagnol a ordonné que l'épouse du Premier ministre Pedro Sánchez, Begoña Gómez, soit jugée par un jury pour corruption et lui a interdit de quitter le pays, selon une ordonnance rendue publique samedi.
Il s'agit de l'une des nombreuses affaires de corruption qui ont éclaboussé la famille du dirigeant socialiste et ses anciens alliés, menaçant de faire tomber sa coalition gouvernementale.
Le juge Juan Carlos Peinado a ordonné à Mme Gómez de remettre son passeport et de se présenter aux autorités deux fois par mois jusqu'au prononcé du jugement, selon la même source.
Dans les motivations de sa décision (84 pages), le juge a déclaré que "des instructions ser[aie]nt données à tous les postes-frontières ainsi qu'aux aéroports civils et militaires" pour s'assurer que Mme Gómez respecte l'interdiction de quitter le territoire, a indiqué le tribunal.
Aucune date n'a été fixée pour ce procès politiquement explosif.
Le juge Juan Carlos Peinado arrive au palais de la Moncloa à Madrid pour interroger le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez en tant que témoin dans une enquête sur les allégations de trafic d'influence visant son épouse Begona Gomez, le 30 juillet 2024 ( AFP / OSCAR DEL POZO )
En avril, le juge Peinado a inculpé Mme Gómez pour détournement de fonds, trafic d'influence, corruption dans des opérations commerciales et malversations.
Il avait ouvert une enquête en avril 2024 pour déterminer si elle avait exploité sa position d'épouse du Premier ministre à des fins privées, ce qu'elle et son mari nient.
L'affaire porte sur la création et la gestion d'une chaire à l'Université Complutense de Madrid, co-dirigée par Mme Gómez, ainsi que sur l'usage présumé de ressources publiques et de relations personnelles pour favoriser des intérêts privés.
D'autres procès pour corruption
"La chaire a servi de voie de développement professionnel privée pour la personne mise en cause", a écrit le juge au moment de l'inculpation de Mme Gómez.
L'affaire trouve son origine dans une plainte déposée par un groupe anticorruption lié à l'extrême droite.
L'ancien Premier ministre socialiste espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, le 17 juin 2026 à Madrid ( AFP / Thomas COEX )
"Aujourd'hui est un jour épouvantable pour ceux d'entre nous qui croient en la justice", a écrit le ministre de la Justice, Félix Bolaños, sur son compte X, en réaction à la décision du juge, ajoutant que "la vérité triomphera[it]".
Des responsables du parti socialiste ont critiqué la décision d'interdire à Mme Gomez de quitter le pays, la qualifiant d'exagérée.
Dans ses motivations, le juge Peinado a rejeté l'argument selon lequel les policiers qui assurent habituellement la protection de Mme Gomez l'empêcheraient de fuir. Ces agents "pourraient, soit de leur propre initiative, soit sur ordre de leurs supérieurs, contribuer à faciliter une fuite qui rendrait impossible la mise à disposition de la prévenue à la justice", a-t-il écrit.
Lorsque l'enquête visant Mme Gómez a été ouverte en avril 2024, M. Sánchez a temporairement suspendu ses fonctions publiques pendant plusieurs jours, afin de réfléchir à la possibilité de rester en poste.
Mme Gómez a toujours nié toute faute et Pedro Sánchez a rejeté les accusations visant son épouse, les qualifiant de tentative de la droite de déstabiliser son gouvernement.
L'ancien Premier ministre socialiste espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, a lui été inculpé en mai de trafic d'influence en lien avec le sauvetage de la petite compagnie aérienne Plus Ultra en 2021.
L'ancien ministre espagnol des Transports, José Luis Ábalos, quitte la Cour suprême après avoir comparu pour des faits de corruption présumés, à Madrid, le 15 octobre 2025 ( AFP / Javier SORIANO )
Au pouvoir de 2004 à 2011, M. Zapatero a clamé "innocence", défendu son "honnêteté" et promis "des explications" aux Espagnols, après avoir été interrogé plus tôt cette semaine par le juge qui l'a inculpé de trafic d'influence et de blanchiment.
M. Sanchez a exprimé son "plein soutien" à M. Zapatero, son mentor.
Des jugements sont également attendus dans des procès pour corruption distincts visant l'ancien bras droit de M. Sanchez, Jose Luis Abalos, et son frère David Sanchez.
Pedro Sanchez avait promis l'intégrité quand il est arrivé au pouvoir en 2018, après les scandales qui avaient marqué les gouvernements de droite précédents.
L'opposition conservatrice et d'extrême droite a réclamé la démission de M. Sanchez et des élections anticipées, mais le Premier ministre affirme qu'il ira au bout de son mandat, jusqu’en 2027.

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